BDZOOM : Bien que peu connu du grand public, vous êtes tout de même dans la BD  depuis plus de 10 ans?

FABRICE PARME : Oui et non. Il est vrai que j’ai débuté dans la BD il y a 10 mais j’ai ensuite été appelé pour travailler dans l’animation. J’ai alors arrêté pendant quelques années la BD puisque le dessin animé prenait tout mon temps. J’ai travaillé en France, aux Etats Unis, puis sur « La famille Pirate » avec des coproducteurs français, canadiens ou allemands. La série, initialement diffusée sur France 3, a connu un bon succès. Vous pouvez actuellement la voir sur Canal J. Une suite va être mise en chantier prochainement.

 

BDZOOM : Vous allez y collaborer ?

 

FABRICE PARME : Oui. Pas forcément sur les dessins puisque j’ai créé la totalité de l’univers de « La famille Pirate » et il n’y a plus grand chose à concevoir. Je vais peut-être mettre mon nez un peu plus dans les synopsis et les scénarios.

 

BDZOOM : Votre travail dans l’animation correspondait-il à un choix personnel ?

 

FABRICE PARME : Je voulais faire de la bande dessinée. A l’époque, mon style n’intéressait pas grand monde dans ce domaine. Par contre, dans le dessin animé, sans que je le recherche particulièrement, on est toujours venu me chercher et on me redemandait à chaque fois.

 

BDZOOM : Vous avez publié en 1991 « Sang de vampire », chez Zenda, après avoir collaboré au journal Pilote & Charlie ….

 

FABRICE PARME : Oui j’ai fait des illustrations dans ce défunt magazine. Juste après , j’ai également réalisé un album pour les éditions Albin Michel qui n’est jamais sorti, étant jugé « invendable » !

 

BDZOOM : Il a été pré-publié dans l’Echo des Savanes ?

 

FABRICE PARME : Il était destiné à être publié dans l’Echo des Savanes, mais il ne l’a pas été. J’ai fait l’album en entier, le travail m’a été intégralement payé et il n’est jamais paru !

 

BDZOOM : En 1994, vous expérimentez une première version du Roi catastrophe et de Vénézia …

 

FABRICE PARME : La version du Roi Catastrophe était différente. C’était pour Spirou. Je ne le faisais pas avec Lewis trondheim mais avec un autre ami qui travaille aujourd’hui dans le dessin animé et la pub. On avait cherché à travers le thème d’un gamin roi. Mais on arrivait pas à trouver le truc. Comme Dupuis était intéressé, on en a fait quelques histoires et comme ça ne décollait pas, d’un commun accord, nous avons  abandonné cette première mouture. Ensuite, j’ai effectivement voulu faire Vénézia. Stan & Vince nous ont mis en rapport, Lewis et moi , à l’époque. On s’est rapidement mis d’accord pour une série qui se déroulerait à Venise, et on a avancé, sans idée d’éditeur à priori. Nous avons proposé le projet à Dupuis, dargaud et Astrapi. Le plus intéressé fut Guy Vidal, chez Dargaud, qui, à ce moment là, n’a pas pu le faire.

 

BDZOOM : La version actuelle de Vénézia est-elle identique à celle de 1994 ?

 

FABRICE PARME : J’ai redessiné les premières planches mais le scénario est resté le même qu’il y a 7 ans pour ces 4 pages.

 

BDZOOM : Quand on voit l’explosion actuelle d’une nouvelle génération de dessinateur, à laquelle vous appartenez, est ce que vous ne vous dites pas que vous avez eu raison trop tôt ?

 

FABRICE PARME : Je ne sais pas. Nous avions une vision des choses qui ne correspondait pas aux codes du moment. Les éditeurs étaient restés sur des marques des années 70 et 80 et ne se rendaient compte de l’évolution du public. Ils restaient dans leurs histoires de prépublication, de format, de 44 planches, de telle façon de dessiner parce que c’était plus commercial,  de telle façon de faire un scénario, … On ne peut pas non plus leur tirer dessus. Il était difficile pour eux de prendre un tel risque commercial. Ils ont laissé faire les structures indépendantes, comme l’Association, en ayant, je suppose, l’œil sur ce qui s’y faisait pour voir si la petite graine plantée allait devenir un arbre. Je ne sais pas si nous avons eu raison trop tôt. Je crois qu’il faut du temps tout simplement, pour faire admettre les choses.

 

BDZOOM : Le temps est donc arrivé pour vous puisque vos deux séries voient le jour en ce début d’année. Le roi catastrophe semble cependant être un projet plus personnel ?

 

FABRICE PARME : C’est quelque chose qui me travaillait. Que j’avais en moi, depuis le milieu des années 80. Mais je me heurtais à chaque essai à quelque chose ne collait pas. Pas sur le dessin, pour lequel je me débrouillais mais sur le scénario. Le personnage devenait vite carrément antipathique, ce qui n’était pas satisfaisant.  Quand j’ai proposé le thème à Lewis il y a quelques mois, il m’a proposé de réfléchir au problème et m’a d’abord annoncé qu’il n’avait pas d’idée. Un bon restaurant plus tard, il avait déjà une moitié de solution. Il a parfaitement senti que le piège provenait du caractère du personnage et a ensuite parfaitement trouvé ce qui manquait, en réussissant  à rendre ce petit roi mignon, adorable et aussi très détestable.

 

BDZOOM : Votre expérience dans l’animation n’a t-il pas également contribué à arrondir  ce personnage ?

 

FABRICE PARME : Certainement. J’avais tendance à dessiner d’une façon très carrée, très hachée, sèche et angulaire.  Et quand je me suis confronté à l ?animation, et surtout sur « La famille Pirate » où je dirigeais toute la création graphique de la série. J’avais des assistants et il y avait aussi des directeurs d’animation. Il fallait que je confronte ma façon de dessiner à celle des animateurs. Hors les animateurs voient les choses vis à vis des modèles à plat et essayent de les faire tourner et vivre. Donc quelquefois ça ne passe pas et il faut arrondir.  Si je parle de mon expérience aux Etats-Unis, j’ai constaté que les américains saisissent en premier lieu les attitudes. Quand celle ci est bien saisie, les proportions ont moins d’importance, on les reconstruit en fonction de l’attitude. Le dessin en devient plus enlevé et forcément plus dynamique. Cela-dit, le problème sur le Roi catastrophe était vraiment d’ordre scénaristique, dans le caractère du personnage. On arrive désormais à un espèce d’Iznogoud mélangé à un Petit Nicolas, équilibre entre « il est adorable » et « il est monstrueux ».  Notre expérience avec nos propres enfants nous a été très profitable. Peut-être que je ne pouvais pas aborder ce thème avant d’avoir des enfants moi-même, c’est fort possible.

 

BDZOOM : On remarque une grande différence dans la construction entre Vénézia et Le roi catastrophe…

 

FABRICE PARME : Oui. Sur Vénézia je voulais quelque chose de néo-classique, prendre toute la BD des 60’s et insuffler un coté dessin animé américain. En résumé, trouver de nouvelle formes avec des anciennes formes. Et comme c’est du 4 strips par planche, une méthode très stricte, nous ne pouvions pas jouer sur la construction des planches. Il fallait donc jouer sur la narration. Ce que nous avons fait. En plus, il y a un jeu de vrai-faux permanent. Par exemple des éléments de Venise que j’ai dessinés existaient réellement à la Renaissance. Mais d’autres ne datent que du XVIIIème siècle ou d’après. Les masques sont partout. Autant dans les décors que dans les personnages, dans l’époque. Lewis joue aussi avec ça dans les dialogues. Il y avait donc une volonté de faire quelque chose un peu « cartoon » mais avec un coté cohérent et réaliste, ce qui demande une mise en scène rigoureuse.  Chaque cadrage est calculé pour qu’on reste dans la pièce et qu’on en sorte sans se perdre. J’ai presque construit les plans des maisons où vont les personnages, et mesuré les temps de déplacement , par exemple sur la place des doges, pour la cohérence de l ?ensemble C’est beaucoup de travail, beaucoup d?énergie, autant pour Lewis que pour moi.

 

Après ça, j’ai donc eu envie de faire quelque chose de radicalement différent. Donc, sur Le roi catastrophe :  des pages éclatées, pas de planches en 4 strips, pas de fond blanc mais de la couleur , pas de néoclassique, …

 

BDZOOM : Et des petites histoires complètes ?

 

FABRICE PARME : Oui, c’est une idée de Lewis. C’était le point de rupture à trouver. Une histoire de 30 pages était trop longue et des histoires trop courtes nous emmenaient vers des choses plus classiques, comme Prince Riri. On a choisi un format en se référant à un cartoon de 7 minutes, comme s’il devait y avoir une adaptation en dessin animé. On voulait des histoires avec des crescendos et une chute, des structures simples qui permettent de développer les délires du personnages et de mettre un point pour clore ceux ci. Donc, l’opposé de Vénézia. Ce qui fait que lorsque j’ai fini une histoire de 10 pages du Roi catastrophe, j’ai envie de me replonger dans Vénézia tout en sachant qu’il y a du travail. J’ai besoin des deux. Ce sont deux facettes développées exprès de manière opposée, avec des influences plastiques différentes. Sur Vénézia  je vais regarder des BD classiques des années 60-70 et des tableaux de la renaissance, tandis que sur Le Roi catastrophe, je vais plutôt me tourner vers notre nouveau siècle et celui qui vient de s’achever et fouiller dans les expériences plastiques de Matisse ou Picasso en les mélangeant avec des dessins animés américains des années 50.

 

BDZOOM : Avez vous déjà prévu un nombre de tome pour chacune de ces deux séries ?

 

FABRICE PARME : Non. Je termine le second tome du Roi Catastrophe et je me mets sur le troisième dans la foulée. La suite de  Vénézia sera plus longue à mettre en place. Il faut que Lewis et moi sentions les choses. Il y aura un, voire deux nouveaux volumes du Roi catastrophe avant la suite de Vénézia.