1262. Alors que son château s’apprête une nouvelle fois à subir les assauts de l’armée de son cousin  Adémar, Payen de Roquebrune apprend que sa femme a de grandes difficultés pour accoucher. Tentant une sortie, il rejoint Smérald, une jeune fille dont les capacités de sorcière ne font aucun doute. La belle, après avoir aidé le couple à retrouver sa fertilité, sauvera la mère et l’enfant. Comme récompense,  elle se fera faire un enfant par Payen, avant de disparaître. La même nuit, les Stryges s’emparent de l’enfant né de Payen, laissant à sa place une sorte de clône simple d’esprit.

7 ans plus tard, découvrant la vérité, Payen se met en quête de son véritable enfant tandis qu’Adémar se prépare une nouvelle fois à envahir les terres de son cousin et qu’apparaît au même moment  le frère dominicain Bertaire de Fondfroide, juge et inquisiteur …

Depuis Le chant des Stryges, et plus récemment Le maître de jeu (dont un nouvel album, Prémonition », sort en ce mois de février 2001), il est de notoriété publique que les Stryges sont parmi nous. Personnages fantastiques, êtres surnaturels aux pouvoirs paranormaux,  ils fascinent d’autant plus qu’on ne les connaît pas vraiment.

Corbeyran, scénariste de ces différentes séries, en évoquant l’existence dans Delcourt Planète de Janvier-Mars 2001, le concède : « L’univers des Stryges est un gouffre de ténèbres. Plus nous avançons, plus nous défrichons le terrain, plus l’impression de malaise qui enveloppe l’existence de ces créatures se renforce … Nous naviguons dans un  univers qui nous est parfaitement inconnu …Le mystère ne se livre pas d’un bloc. Il se livre peu à peu… »

Ce qu’on sait aujourd’hui, c’est que le phénomène Stryge n’est pas récent puisque nous avons aujourd’hui des preuves de leur présence au moyen âge, « Il y a deux ans, j’ai découvert qu’il s’était passé un bouleversement important dans le monde des Stryges aux alentours du Moyen Âge, une sorte de schisme au sein même de leur communauté » explique Corbeyran. C’est à cette époque, au milieu du 13ème siècle, que se situe « Tribut », premier tome de cette nouvelle série, Le clan des Chimères dessinée par Michel Suro,.

Fascinant puisqu’ouvert, l’univers des Stryges permet de raconter des histoires dans des styles différents (thriller, historique, …) tout en insufflant une dose de fantastique et de surnaturel, plus ou moins importante selon les besoins du récit. Et ça fonctionne ! Placé dans ce contexte cohérent et déjà existant dans d’autres séries, le récit en devient du coup beaucoup plus crédible et encore plus inquiétant qu’une simple histoire de sorcellerie au moyen-âge. L’intrigue est palpitante et le lecteur ne peut qu’avoir envie de découvrir la suite d’ un premier tome qui traîne cependant un peu en longueur, les auteurs prenant un soin tellement précieux à mettre en place l’environnement et les personnages de cette série sur fond de complots moyenâgeux et d’inquisition.

Gageons que les récits suivants développeront un peu plus rapidement cette excellente intrigue, illustrée par le graphisme réaliste et précis de Michel Suro, qui s’intègre à merveille dans cet univers .