Interview de Ciro Tota

 

 

 

Il est sympa Ciro Tota. Rendant à Thierry Cailleteau et Olivier Vatine ce qu’il dit leur appartenir, à savoir Aquablue, il nous  parle avec passion de cette série dont il assure le dessin depuis déjà quatre albums et dans laquelle il avoue être plongé à fond …

 

Yellow Kid : Vous avez succédé il y a quelque temps à Olivier Vatine sur Aquablue. Après quatre albums signés de votre main, vous sentez vous propriétaire de cette série ?

 

Ciro Tota : Non, pas tout à fait. Je suis encore locataire. Mais je suis de plus en plus à l’aise et dans mes meubles et je vais sans doute racheter l’appartement (rires). Plus sérieusement, je considère que la série appartiendra toujours à Thierry Cailleteau et Olivier Vatine, qui en sont les créateurs.

 

Pour ma part, avant de collaborer sur Aquablue, je connaissais déjà bien la série et ses personnages. J’avais déjà travaillé avec le scénariste avec qui je m’entendais bien et Olivier Vatine, que je connaissais un peu, était d’accord pour que je lui succède. J’étais content car ça me changeait de Fuzz et Fizzby, des petits formats et de Photonik, plus dans l’esprit comics. Et j’avoue que j’étais curieux de voir ce que je pouvais faire en science-fiction, puisque je n’avais jamais abordé ce thème.

 

Yellow Kid  : Ce nouvel album marque quand même une nouvelle étape, puisque démarre un nouveau cycle qui peut même se lire indépendamment du premier, alors que les précédents albums que vous avez réalisés se situaient dans la continuité logique des 4 premiers, signés Cailleteau et Vatine…

 

Ciro Tota  : C’est effectivement un cycle qui peut se lire de façon indépendante. On repart sur de nouvelles bases. Mais il y aura toujours des liens avec ce qui s’est passé avant. Le monde d’Aquablue restera le port d’attache des personnages et sera toujours le fil rouge des aventures à venir. On y reviendra, on en partira et on apportera toujours un peu de ce monde dans les cycles futurs.

 

Yellow Kid  : Il faut en effet rappeler que ce nouveau cycle de deux albums, qui débute aujourd’hui par « Fondation Aquablue » ne se déroule pas sur la planète Aquablue. Comment vous-en est venue l’idée ?

 

Ciro Tota : On en a discuté un soir avec Thierry Cailleteau, pendant qu’on travaillait sur « Etoile blanche », il y a deux ou trois ans. On avait en gros jeté les bases de cette histoire dans laquelle Thierry voulait faire intervenir des dinosaures. En plus, on voulait partir d’Aquablue puisque tous les événements qui avaient eu lieu sur cette planète étaient terminés. Tout était réglé. C’était la paix. On ne pouvait plus en tirer grand chose. On voulait donc partir à la découverte d’autres mondes, avec les mêmes personnages, pour donner une respiration à la série et pouvoir revenir sur Aquablue par la suite.

 

Yellow Kid  : Aquablue, qui était à l’origine le centre de l’action et la base du récit, devient donc aujourd’hui un univers qui va se décliner par une série d’aventures indépendantes ?

 

Ciro Tota : Oui, c’est tout à fait ça ! C’est un titre magnifique pour une série de bande dessinée. Et c’est aussi un monde, qu’il ne s’agit pas de gommer et qui interviendra toujours, au moins en filigrane, au cours des récits à venir.

 

Yellow Kid  : L’action de « Fondation Aquablue » se situe sur une planète nommé Doyle-1800, qui a toutes les caractéristiques de la Terre à l’époque des dinosaures dont elle est peuplée. Comment vous êtes-vous documentés ?

 

Ciro Tota  : On s’est dit, avec Thierry,  qu’on n’allait pas respecter la réalité. D’abord parce que cela nous aurait pris énormément de temps pour se documenter sérieusement et éviter par exemple les anachronismes. Ensuite parce que ce qui m’intéresse, ce n’est pas de reproduire la réalité, mais de pouvoir la modifier au fur et à mesure. C’est le propre de la science-fiction en termes visuels : prendre une forme et la modifier. On voulait avoir l’esprit des dinosaures, qui sont imposants et peuvent tout casser. Des hommes aussi … plus des chasseurs!

 

Yellow Kid  : Nao et sa bande sont effectivement confrontés à des chasseurs qui ont obtenus des dérogations pour chasser les dinosaures de cette planète qui semble condamnée. On retrouve là le thème de prédilection d’Aquablue, fait d’écologie et de protection de la nature. Comment vous situez vous personnellement par rapport à ça ?

 

Ciro Tota : Je m’y reconnais tout à fait. La nature est pour moi ce qu’il y a de plus beau, de plus grand, de plus merveilleux. Mais on n’essaye pas de faire passer un message écologiste. C’est naturel en ce qui nous concerne. On ne voit pas comment faire autrement. C’est une histoire simple. On se sert de bases qui existent depuis l’aube des temps. Un héros essaye d’aider les autres et d’évoluer lui-même. Ce qui est magnifique c’est qu’on peut changer de monde à chaque fois et faire passer ce message à travers tous les mondes et les personnages qui viendront par la suite.

 

Yellow Kid  : D’autant plus que ce héros a désormais les moyens matériels de le faire puisqu’il a récupéré son héritage …

 

Ciro Tota  : Oui, il a tout pour lui en ce moment …

 

Yellow Kid  : Il se retrouve donc président du conseil d’administration d’un grand groupe et a décidé de créer une fondation qu’il gère notamment avec Cybot, son robot nurse, qui prend une place de plus en plus importante …

 

Ciro Tota : C’est le personnage principal de la série désormais. Il bouscule tout le monde. Il a une petite taille mais c’est lui le plus grand. Nous sommes, Thierry et moi-même, extrêmement attachés à ce personnage robot qui se révèle être le plus humain d’entre tous.

 

Yellow Kid  : On voit des robots, des dinosaures, des hommes, un conseil d’administration, l’espace, les planètes, la nature, …Que prenez vous le plus de plaisir à dessiner ?

 

Ciro Tota : De loin, la planète et la nature. Le Space opéra est plus compliqué. Il y a des formes et des perspectives à travailler et une fonctionnalité à trouver. On peut sculpter la nature comme on veut. Si il reste une place, on cherche et on trouve. On met un rocher, un arbre, … Les personnages représentent leur caractère et on ne peut pas trop jouer avec. Quant à la ville, elle se trouve modernisée dans l’approche visuelle. Avec cet album, on voulait que le lecteur nous suive partout et lui faire voir tous les décors possibles.

 

Yellow Kid  : L’univers étant ouvert, qu’aimeriez-vous encore y intégrer ?

 

Ciro Tota  : Mais le monde d’Aquablue fonctionne très bien. C’est un contraste entre le monde technologique et un monde proche de la nature, rural. On joue sur ce contraste finalement assez facilement. La difficulté consiste à faire s’enchaîner tout ça et à rendre l’ensemble fonctionnel.

 

Yellow Kid  : Votre expérience de petits formats vous aide-t-elle à la mise en scène d’Aquablue ?

 

Ciro Tota : Oui. Tout sert en fait, techniquement. L’expérience est importante. Mais ce qui sert le plus, c’est ce que j’ai vu à la télévision ou au cinéma en étant gamin. En faisant Aquablue, je fais du John Ford, du Hitchcock et du Spielberg pour la modernité et le mouvement. Coté BD, mes références sont plus techniques, avec Gil Kane, Harold Foster ou Victor Hubinon. J’adorais les Buck Danny et les Barbe Rouge. En fait, on retire ce qui nous plait le plus dans chaque dessinateur pour le garder pour soi et on en fait un mélange qui ressort sur le papier après.

 

Yellow Kid  : Quels sont vos projets ?

 

Ciro Tota : Je suis plongé dans Aquablue pour de bon. Je ne sais pas nager ! Je suis à fond dedans. Quand on parle avec Thierry du scénario qu’il a élaboré, je me mets à fond dessus . C’est lorsqu’il me reste une dizaine de planches à réaliser que je commence à penser à la suite. Les projets à longue échéance ne me conviennent pas trop. Je n’aime pas trop faire deux choses en même temps finalement.

 

Yellow Kid  : Votre relation avec Thierry Cailleteau est constante et régulière ?

 

Ciro Tota  : Oui, tout à fait. Bien que nous soyons chacun à un bout différent de la France, lui à Rouen et moi à Lyon, nous n’avons aucun problème de communication.

 

Yellow Kid  : Tout va bien alors ?

 

Ciro Tota  : Oui, pour le moment. On profite de l’instant présent. Il faut dire qu’en dessinant une BD, on souffre. L’achèvement d’un album me procure un intense plaisir. Ca dure environ une semaine ou deux. Le temps de me remettre en place pour les séances de dédicaces et l’album suivant. Donc sur un an de travail, il y a deux semaines de bonheur !

 

Yellow Kid  : Profitez-en bien …

 

Ciro Tota  : Merci. Mais elles se finissent, je suis déjà reparti sur la suite (rires) …