L ‘oeuvre de René Goscinny est immense, autant par la quantité et la variété que par la qualité. Né à Paris (France) le 14 août 1926, d’une mère juive ukrainienne et d’un père polonais, René Goscinny passe cependant son enfance en Argentine.

Après son bac, il rejoint en 1945 un de ses oncles domicilié à New York. Il s’essaye à quelques petits boulots, puis est finalement incorporé dans l’ affilée américaine, et effectue son service en France. ~ retour aux États- Unis, il fait bientôt la connaissance de plusieurs dessinateurs américains dont, notamment, Harvey Kurtzman, Jack Davis et Will Elder, alors futurs fondateurs de Mad, et, en 1950, de Jijé et Morris, venus s’installer quelque temps outre-Atlantique. Ces derniers lui présentent Georges Troisfontaines, le directeur de la World’s Press, une agence belge spécialisée dans la fourniture de rédactionnel, d’illustrations et de bandes dessinées.

Il se rend alors en Belgique afin de présenter à Troisfontaines différents projets de bandes dessinées- Goscinny rêve à cette époque de devenir dessinateur – que ce dernier ne retient pas… Mais il l’engage toutefois pour effectuer quelques travaux et missions, avant de lui confier la responsabilité de son bureau parislen.

La carrière de René Goscinny va alors réellement débuter! Il entame, à partir de 1951, une collaboration avec Albert Uderzo, rencontré peu avant, et décide de se consacrer entièrement à l’écriture. Ses collaborations se multiplient: scénarios, nouvelles, textes divers et même quelques illustrations. Ainsi, à partir de 1952, il réalise quelques Belles Histoires de l’Oncle Paul avec Pierre Dupuis et Eddy Paape, entame sa longue complicité avec Morris pour Lucky Luke (1955) dans Spirou, s’attaque à plusieurs séries avec Albert Uderzo, panni elles citons JehanPistolet (1952) et Luc Junior, écrit et dessine Le CapitaineBibodu (1955) pour Risque­Tout aux éditions Dupuis, crée avec Sempé Le Petit Nicolas (1956) dans Le Moustique, collabore brièvement avec Jijé pour un court épisode de Jerry Spring, L’Or du vieux Lender ( 1956), et enfin, pour le journal Tintin, où il entre en 1956, il cumule créations et collaborations diverses: Signor Spaghetti (avec Dino Attanasio), Monsieur Tric (Bob de Moor), Prudence Petitpas (Maréchal), un épisode de Chick Bill (Tibet), Modeste et Pompon (Franquin), Le Père la Houle (Macherot), Strapontin (Berk), Oumpah-Pah (Uderzo), etc. De plus, Goscinny livre quelques autres séries à Pcois-Flirt (avec Will), à Jours de France (avec Coq) et à Vaillant (avec Godard)…

Conjointement à cette multitude de scénarios, à la suite d’une brouille avec Troisfontaines, Goscinny se lance, en 1959, avec Charlier et Uderzo dans la fameuse aventure du journal Pilote. Après quelques balbutiements et un n°0 le numéro 1 paraît le 29 octobre 1959.

Cette date clef de la presse de bande dessinée est aussi celle de la création du personnage dont bientôt le succès et les ventes vont bouleverser le monde de l’édition : Astérix le Gaulois. En outre, René Goscinny reprend dans Pilote des personnages anciens comme Pistolin ( 1959), Le Petit Nicolas (1959) et Jehan Soupolet (anciennement Jehan Pistolet) (1960). Après le rachat du journal par Georges Dargaud et une période hésitante, il en devient le rédacteur en chef, une responsabilité qu’il prend avec brio, car il sera à l’origine de la découverte de nombreux talents exceptionnels. Pour son propre compte, il y crée, outre Astérix, plusieurs séries mémorables dont Les Divagations de monsieur Sait-Tout(avec Martial, 1961), Les Dingodossiers (Gotlib, 1965), la Forêt de Chênebeau (Mic Delinx, 1966), etc. Quelque temps après, le 4 avril 1968, Lucky Luke y fait son apparition avec Dalton City .

Toutefois, son travail à Pilote et à Tintin ne l’empêche pas de fournir au journal Record deux nouvelles séries à partir de 1962: Record et Véronique (avec Will) et Le Calife Haroun el Poussah (Jean Tabary ) auquel le grand Vizir Iznogoud volera bientôt la vedette.

Contesté au sein de Pilote par plusieurs dessinateurs au début des années soixante-dix, René Goscinny choisit finalement de se retirer du journal afin de se consacrer à ses séries leader et à la création du studio Idéfix qui permet la réalisation de plusieurs dessins animés. Alors qu’il décide de lancer sa propre maison d’édition en association avec Albert Uderzo (Les éditions Albert-René), René Goscinny décède le 5 novembre 1977, d’une crise cardiaque… chez son cardiologue !

En 1998, Les éditions Vents d’Ouest débutent une collection intitulée Les Archives Goscinny (volume 1) le journal Tintin 1956, 1961, proposant quelques-uns de ses travaux les moins connus de la première époque. Passionnant !

Autant par son exceptionnelle personnalité que par son génie créatif, René Goscinny a joué un rôle unique dans I ‘histoire de la bande dessinée, qui lui doit, en grande partie, d’être considérée comme un art aujourd’hui.